Le Berry à Paris

Séance solennelle de l’Académie du Berry à Vierzon, le 7 octobre 2017

 

Présentation de François et Agnès Chombart de Lauwe lors de la remise du prix 2017 de l’Académie du Berry, le 7 octobre 2017, à Vierzon, par Catherine Réault-Crosnier, présidente du prix de l’Académie du Berry

            Agnès et François Chombart de Lauwe, propriétaires de Notre-Dame de Longefont, à Oulches (36800), situé entre Saint-Gaultier et Le Blanc, choisirent de remettre en valeur ce patrimoine historique et culturel, début d’une formidable aventure.

            Au fil de l’histoire, au début du XIIe siècle, de nombreuses églises romanes furent construites. L’église de l’Abbatia Longi Fontis (abbaye de la Grande-Fontaine), prieuré féminin, fut fondée puis érigée dans les années 1110 par Isambert, seigneur de Cors, qui le donna à Robert d’Arbrissel, fondateur du puissant ordre de Fontevrault.

            Le prieuré date du XIIIe. En 1638, l’église accueille les prières ferventes des religieuses durant près de sept cents ans.

            En 1792, les révolutionnaires fermèrent les portes du prieuré. Des offices furent parfois célébrés mais très vite, par manque d’entretien, sous l’effet de la pluie, du gel, de l’emprise végétale, les traces de dégradation de Notre-Dame de Longefont devinrent de plus en plus importantes : voûte effondrée, église comblée de terre et de gravats jusqu’au sommet des colonnes extérieures, portes murées. Il restait peu d’éléments de l’ensemble grandiose, l’empreinte des bâtiments, des pans de murs enlacés de végétation.

            En 2005, l’effondrement de la partie haute de deux portes romanes sera le déclic d’un changement de vie pour François Chombart de Lauwe, centralien, ancien dirigeant d’entreprise. Il se reconvertit alors en bâtisseur, pour aller voir plus loin, derrière les murs encore debout. En 2006, il commença à creuser, quittant le monde moderne pour la pioche et la truelle, vers une reconstruction pierre par pierre pendant huit ans.

            En 2007, Agnès et François Chombart de Lauwe décidèrent de relever le défi de la rénovation complète de ce site.

            Dès les premiers coups de pioche, l’imprévisible, l’inattendu arriva. François Chombart de Lauwe et son équipe, découvrirent dix-neuf chapiteaux, véritable merveille, les incitant à continuer leur travail avec une entreprise spécialisée pour déterrer sous 600 m3 de terre. Ainsi rejaillirent au jour, quarante chapiteaux dont certains polychromes, sculptés de serpents, dragons, monstres et autres créatures hybrides. Tous avaient été démontés et enterrés lors de l’effondrement de la voûte. Une fois déblayée la terre emplissant l’église, ils eurent la surprise d’admirer la beauté de l’intérieur de l’église, des fresques. Ils découvrent aussi trente-six colonnes dont certaines marquées de la croix de consécration dans le chœur et l’abside. Ainsi, peu à peu, avec patience et constance, ils firent renaître un ensemble inouï, incroyable, riche et bien conservé contrairement à la partie extérieure.

            À chaque temps, ses découvertes telle celle de l’autel maçonné, et sa table déposée par quelqu’un, le long du mur. Agnès Chombart de Lauwe se rappela alors les paroles de son beau-père qui voulait que soit trouvé le trésor de Longefont et avait dit de creuser là car cela sonnait creux.

            Nous ne pouvons qu’admirer la permanence du travail minutieux de M. et Mme Chombart de Lauwe pendant huit ans. Ils procédèrent méthodiquement pour retrouver l’ordonnance de leurs découvertes. Agnès Chombart de Lauwe reconnaît que le réagencement des chapiteaux tient presque du miracle, même si des points d’ancrage mathématiques et architecturaux les ont guidé. Leur remise en valeur du prieuré de Longefort et la restitution de l’église romane du prieuré.

            Les vitraux de l’église furent réalisés par le maître verrier Pierre Le Cacheux, qui a répondu aux souhaits des propriétaires des lieux, qui désiraient de la couleur et des thèmes forts dans leur message : la Samaritaine au puits, le miracle de la tempête apaisée, le baptême du Christ et comme un fil conducteur, l’eau et le bleu car, comme Agnès Chombart de Lauwe le souligne, « L’eau, c’est la vie ».

            Sur le plan concret, François et Agnès Chambart de Lauwe participèrent activement et financièrement à 70 %, les autres aides proviennent de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) et du conseil général (10 %).

            Grâce à eux, le site a retrouvé son aspect originel, symbole de pureté et d’élégance, lors de sa construction au XIIe siècle. Le manoir prieural du XIIIe est maintenant leur lieu de vie et l’église du prieuré, celui du ressourcement quotidien.

            Leur dévouement dans la durée au service d’un patrimoine de grande valeur architectural et historique et culturel, méritait d’être distingué. Leur travail fut couronné en 2016 par la remise du Grand Trophée de la plus belle restauration 2016 (par Propriétés Le Figaro, Le Figaro Magazine et la Fondation pour les Monuments Historiques, en partenariat avec La Demeure Historique), prix récompensant un projet exceptionnel de restauration d’un site bénéficiant alors d’une protection au titre des Monuments historiques.

            L’Académie du Berry souhaite, elle aussi, honorer leur démarche exceptionnelle, leur dévouement à cette réhabilitation et leur force de résurrection de ce lieu, c’est pourquoi le prix 2017 de l’Académie du Berry est décerné à M. et Mme François et Agnès Chombart de Lauwe.

Catherine Réault-Crosnier

 

Bibliographie :

– Marie-France de Peyronnet, « Le grand trophée de la plus belle restauration 2016 décerné au prieuré Notre-Dame de Longefont », La Gazette Berrichonne n° 225, octobre-décembre 2016, page 3.

Sur Internet :

– Fondation pour les Monuments Historiques, hôtel de Nesmond, 57, quai de la Tournelle, 75005 Paris (01.55.42.60.04 ; www.fondationmh.fr).

– http://immobilier.lefigaro.fr/article/la-renaissance-d-une-eglise-plus-belle-restauration-de-l-annee_f5b84e08-9212-11e6-82dc-007c24377e3c/

– https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/tag/francois-chombart-de-lauwe/

– https://dictionnaireordremonastiquedefontevraud.wordpress.com/2013/06/17/m-prieure-de-longefont-36800-oulches-sur-la-base-merimee/

 

Remise du prix de l'Académie 2017

 

Synthèse de la séance solennelle d’automne par Maurice Bazot

A l’issue de la séance, le président Alain Bilot a demandé au chancelier de proposer à l’assemblée les conclusions de la journée. Reconstitué dans l’après-coup, le texte ci-dessous ne saurait être la retranscription littérale d’un propos tenu sans support écrit, mais il en reste le plus proche possible. L’ajout d’une photographie et de quelques notes de bas de page éclairent certains passages qu’une synthèse ne permettait pas de développer.

Une fois n’est pas coutume, mais je tiens à intégrer dans cet essai de synthèse la visite commentée du musée de la ville, ce qui me donne au passage l’occasion d’adresser au nom de tous nos très chaleureuses félicitations à notre clavaire Michel Delaume et à son neveu Laurent Delaume pour l’organisation logistique de cette journée, en tous points parfaites.

A Bourges,  j’avais entendu répéter maintes fois que ma ville natale avait été trop frileuse avec le chemin de fer, Vierzon ayant saisi l’occasion[1]. De ce fait, la première ville a tiré sa notoriété de la richesse de son patrimoine, la seconde de son remarquable développement industriel.

Ouvert en 2013, ce musée est le reflet de cette période faste, aujourd’hui révolue.  Si  les usines locales consacrées au  chemin de fer et au matériel agricole étaient connues de tous, l’industrie de la porcelaine l’était moins. Surprise pour plus d’un visiteur, certaines des pièces exposées rivalisent de finesse avec des « Limoges ». Avec les maquettes ferroviaires, elles contribuent largement à l’intérêt de la visite.

Après un déjeuner de qualité au restaurant « Le chalet de la forêt » s’est tenue, sur place, la séance solennelle.

A Monsieur Philippe Gillet :

Vous nous  avez proposé, Monsieur, un discours respectueux de la forme académique, très talentueux et documenté, subtil, nourri de digressions sur cet art culinaire dont l’histoire a fait votre notoriété, et parsemé de notes humoristiques.  On ne manque jamais d’apprécier celui qui sait faire des choses sérieuses sans se prendre au sérieux…

Vouloir maintenant tenter de faire la synthèse de votre itinéraire initiatique de berrichon d’adoption risquerait d’affadir et de trahir votre propos. J’en retiendrai deux passages.

Vous avez évoqué sans ambages vos émois d’adolescent devant le portrait de Georges Sand, en garçonne.

C’était inattendu et très courageux, de tels souvenirs restant le plus souvent « officiellement » tus.    

Une lecture récente m’en a apporté une nouvelle confirmation : des poilus de la Grande guerre, un ouvrage[2] décrit les frustrations et les misères sexuelles alors que ce sujet reste absolument tabou pour l’ensemble des historiens…

Par ailleurs vous avez évoqué la première maison de la culture, édifiée à Bourges en 1963. M’est alors revenu le souvenir d’une photo prise le jour de la visite du général de Gaulle ; à ses cotés on peut voir André Malraux et penché sur le général un inconnu à l’époque, Emile Biasini. Malraux avait vu en lui l’homme de la situation car cet ancien administrateur de la France d’outre-mer, convaincu de l’efficacité des centres culturels et autres lieux de rencontres et d’échange avait antérieurement créé des structures semblables en Afrique noire. Il est à mes yeux le véritable père des maisons de la culture.[3]  

 Je m’honore d’avoir compté parmi ses amis. Il m’offre aujourd’hui une transition facile avec la prestation de nos seconds conférenciers !

Repéré par François Mitterrand, Émile Biasini avait en effet été désigné pour la conduite des Grands Travaux présidentiels ; après avoir mené à bien l’opération Le grand Louvre (1982), il était nommé Secrétaire d'État chargé des Grands travaux, en  1988.  Et qui dit grands travaux dit restaurations…

A Madame et Monsieur François Chombart de Lauwe :

Madame, avec l’appui d’un remarquable montage audio-visuel, vous nous avez fait revivre avec talent les étapes  de la rénovation complète de l’église du Prieuré de Notre-Dame de Longefont. Vous avez, Monsieur, montré par vos interventions de quelle façon vous aviez partagé la même détermination et le même enthousiasme.

La salle appréciât, mais peut-être pas aussi intensément que je ne le fis ; j’étais en effet en totale empathie avec vous pour avoir partagé, à l’occasion de la restauration de l’ex-abbaye royale du Val-de-Grâce, des découvertes, des bonheurs et des satisfactions de même nature[4].

Des démarches qui décuplent la passion !

Des passionnés, j’en ai entendu tout au long de cette journée ;

-          Mes collègues en académie et en médecine, qui ont fait des orateurs de brillantes présentations, sans un mot de trop :

Madame Catherine Reault-Crosnier, dont les multiples talents artistiques sont connus de tous[5] ;

Monsieur Bernard Jouve, une seconde fois docteur, 50 ans après, mais en Histoire, et à la Sorbonne.

-          Notre nouvel académicien, Monsieur Philippe Gillet, qui honore de sa notoriété notre compagnie ;

-          Madame et Monsieur Chombart de Lauwe, qui ont également témoigné de leur passion créatrice.

Enfin, je n’aurais garde d’oublier la guide-conférencière du musée, pédagogue éclairée et véritable puits de connaissances.

Que chacune de nos passions continue ainsi à nous faire entreprendre, témoigner et vivre !

                                                                                                             Maurice Bazot

 


[1] Vierzon avait fait partie de la concession accordée au XIXe siècle à la Compagnie Paris-Orléans (le « PO »). Les travaux entre Orléans et Vierzon commencèrent en 1843, et la gare de  Vierzon – à l’époque terminus – fut inaugurée le 20 juillet 1847. D’où un exceptionnel essor économique, industriel et démographique.

[2] Chanter la Grande Guerre ; les poilus et les femmes (1914-1919), par Anne Simon-Carrère (édit. Champ Vallon, 2014)

[3] Il avait débuté sa carrière coloniale d'administrateur de la France d’outre-mer au Bénin, l’avait poursuivie en Guinée et au Tchad, se spécialisant dans l’établissement des rapports culturels avec les territoires destinés à devenir indépendants. Il créa ces structures partout où il passait. Il contribua également à la mise en place des premières stations de radio.  A l’issue de  la décolonisation et de douze années à sillonner la brousse, il  participait à la naissance du Ministère des  affaires culturelles. André Malraux avait remarqué « cette expérience de terrain aux idées larges ». Il en fit son conseiller technique avant de le nommer directeur du Théâtre, de la Musique et de l'Action culturelle au ministère des Affaires culturelles (1961). E. Biasini mettait en place les maisons de la culture avant de tomber en disgrâce en 1966.

[4] Cf.  Site de l’académie du Berry,   biographie succincte du chancelier.

[5] Cf. site de l’académie du Berry,   biographie succincte du Dr Reault-Crosnier, membre du Haut Conseil.